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Soutenance
Le 20 novembre 2026
Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Le regroupement par niveaux ou la promesse non tenue de l'adaptation de l'enseignement. Considérations théoriques, empiriques et méthodologiques autour du cas genevois
Résumé en français
Cette thèse examine dans quelle mesure le regroupement des élèves par niveau (tracking) produit des inégalités d'acquis scolaires, et par quels mécanismes ces effets opèrent. L'un des bénéfices escomptés de cette pratique, largement répandue, est un ciblage plus efficace de l'enseignement susceptible de générer de meilleurs apprentissages. Quatre décennies de recherche montrent cependant que le regroupement par niveaux n'améliore globalement pas les acquis scolaires et pénalise les élèves placés dans les groupes les moins exigeants. La qualité de l'enseignement et les attentes des enseignants sont fréquemment placées au cœur du processus explicatif, mais leur contribution respective demeure rarement isolée, et leur portée causale rarement établie. Plus largement, distinguer ce qui relève du contexte de scolarisation de ce qui a trait aux caractéristiques préexistantes des élèves demeure hors de portée de la quasi-totalité des études et fragilise les estimations disponibles. Le cycle d'orientation genevois offre un terrain d'observation particulièrement propice pour isoler ces effets. Un curriculum commun à toutes les filières et la présence d’enseignants intervenant dans plusieurs d'entre elles neutralisent les biais habituels de différenciation curriculaire et d'affectation des enseignants. De plus, une réforme intervenue en 2011 – qui a durci les conditions d'accès aux filières les plus exigeantes – constitue une expérience naturelle permettant de produire des inférences causales robustes. Un premier article exploite cette réforme pour montrer, en s’appuyant sur des suivis de cohortes, que la fréquentation d'une filière moins exigeante pénalise des élèves initialement comparables tant dans leurs acquis en mathématiques que dans leurs chances d'accéder à la voie de formation la plus valorisée du secondaire II. Un deuxième article dresse un état des connaissances sur la contribution des enseignants aux apprentissages des élèves – comment elle se mesure, et ce qui l'explique. En décrivant les pratiques efficaces et les mécanismes par lesquels elles opèrent, ainsi que les modèles permettant d'en estimer rigoureusement la contribution, il pose le cadre de référence qui structure les choix méthodologiques et oriente l'interprétation des résultats du troisième article. Celui-ci étudie empiriquement comment le regroupement par niveaux façonne les pratiques d'enseignement et, par là, les résultats des élèves. S'inscrivant dans une approche intégrée combinant recherche sur le regroupement par niveaux et recherche sur l'efficacité de l'enseignement, l'étude exploite notamment un sous-échantillon d'enseignants qui interviennent dans deux filières différentes pour isoler les ajustements pédagogiques induits par les filières. La modélisation multiniveau révèle ensuite que ces ajustements sont associés à des différences significatives dans les résultats des élèves en mathématiques et en français. Enfin, un quatrième article expose les principes et la mise en œuvre de l'imputation multiple des données manquantes, une méthode statistique encore peu diffusée dans la communauté francophone et mobilisée pour garantir la validité des estimations produites dans le troisième article. Les résultats de cette thèse forment un faisceau d'éléments convergents qui établit que le regroupement par niveaux contribue bien, en partie, aux moindres performances des élèves des filières les moins exigeantes. Loin de l'adaptation de l'enseignement escomptée par ses promoteurs, cette pratique dégrade progressivement les conditions d'apprentissage qui leur sont offertes, contribuant en retour aux difficultés qu'elle prétend résoudre.
Mots-clés : regroupement par niveaux, effet-maître, efficacité de l’enseignement, inégalités scolaires
Abstract in English
This dissertation examines the extent to which tracking produces inequalities in academic achievement, and through what mechanisms these effects operate. Widely used across education systems, tracking is expected to enable more effective, targeted instruction and thereby yield better learning outcomes. Four decades of research show, however, that tracking has little overall effect on achievement while disadvantaging students in less demanding tracks. Instructional quality and teacher expectations are frequently identified as the central mechanisms behind these effects, yet rarely disaggregated from one another or causally established in the literature. More broadly, disentangling the effects of the schooling context from those of students' pre-existing characteristics remains beyond the reach of nearly all studies, undermining the robustness of available estimates. Geneva's lower secondary education (cycle d'orientation) offers a particularly favorable setting for isolating these effects. A common curriculum across tracks, together with teachers who frequently teach in more than one, neutralizes the usual biases of curricular differentiation and teacher assignment. In addition, a 2011 reform – which raised entry requirements for the two most demanding tracks – constitutes a natural experiment allowing for robust causal inference. The first article draws on this reform, using cohort data, to show that attending a less demanding track disadvantages otherwise comparable students both in their mathematics achievement and in their chances of entering high school, the most valued pathway of upper secondary education. The second article provides a research synthesis on teachers' contribution to student learning – how it is measured, and what explains it. By reviewing effective teaching practices and the mechanisms through which they operate, alongside the models used to rigorously estimate teacher effects, it lays the conceptual groundwork that shapes the methodological choices and guides the interpretation of the third article. Integrating research on ability grouping and teaching effectiveness, and observing the same teachers across two different tracks, this article opens the black box of the classroom to document, under ecologically valid conditions, how tracking shapes teaching practices and, in turn, student outcomes. Multilevel modeling reveals that these instructional adjustments are significantly associated with student achievement in Mathematics and French. Finally, a fourth, methodological article presents the principles and implementation of multiple imputation of missing data, a statistical method still underused within the French-speaking research community, applied here to ensure the validity of the estimates produced in the third article. Taken together, the findings offer convergent evidence that, with reasonable confidence, tracking contributes to the underperformance of students in less demanding tracks by progressively eroding the learning conditions they are offered – rather than the instructional adaptation promised by its proponents.
Keywords: tracking, teacher effects, teaching effectiveness, educational inequalities
Date
9h00
Localisation
Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Salle A6 - Annie Génovèse
Bâtiment Michel Dubois
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