Ludivine Jamain, Doctorante au LaRAC
Directeur de thèse : Pascal Pansu, Université Grenoble Alpes, LaRAC

Résumé :
Les recherches en psychologie ont largement montré la présence d’un biais dans la façon dont les individus se perçoivent et se décrivent. Cette vision illusoire de soi, qu’elle soit positive (surestimation de soi) ou négative (sous-estimation), semble inhérente à la cognition humaine et fluctue dans son intensité en fonction de l’âge et du degré d’abstraction du concept évalué. Dans cette thèse, nous nous intéressons aux illusions de perceptions de soi chez les enfants de 8 à 11 ans, en particulier à l’écart entre les habiletés scolaires d’un élève, mesurées par des tests standardisés, et l’évaluation qu’en fait l’élève lui-même. Le biais d’auto-évaluation de compétence scolaire, étudié jusqu’alors en considérant les habiletés générales des élèves (voir Bouffard, Pansu, & Boissicat, 2013), est abordé ici à un niveau spécifique : en français et en mathématiques. L’objectif général est d’appréhender les liens entre les auto-évaluations biaisées de compétence, l’adaptation et la réussite scolaire des élèves dans ces deux disciplines. A un niveau individuel, un suivi longitudinal sur trois ans des élèves de 3ème cycle (N=722) a permis dans une première étude de définir 4 trajectoires développementales du biais d’auto-évaluation : trois trajectoires assez stables, une positive, une neutre et une négative, ainsi qu’une quatrième évoluant d’un biais très négatif à un biais positif. Après avoir examiné les liens entre ces trajectoires et un ensemble de mesures motivationnelles, émotionnelles et perceptives, nous avons modélisé dans une deuxième étude l’autorégulation et la performance scolaire des élèves en fonction de leur auto-évaluation biaisée. La mise en lumière des différents schémas de pensées associés à la présence d’un biais d’autoévaluation de compétence a permis de rendre compte du caractère plus ou moins délétère du biais, en fonction de sa valence et au regard de la réussite scolaire des élèves. A un niveau interindividuel, nous nous sommes intéressés dans une troisième étude au lien entre le biais d’auto-évaluation de compétence des élèves et le jugement de leur enseignant avant d’examiner dans une dernière étude la capacité des enseignants à repérer les auto-évaluations biaisées chez leurs élèves. Si les enseignants jugent mieux les élèves surestimant leur compétence en début de troisième cycle, les résultats de la dernière étude laissent à penser que ce processus est inconscient.

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Mis à jour le 21 juin 2018